Le contrat d’apprentissage n’est pas un document figé : il évolue régulièrement, parfois discrètement, et les changements peuvent avoir des conséquences concrètes sur la fiche de paie des apprentis comme sur les obligations des employeurs. Les modifications entrées en vigueur en mars 2025, notamment sur la CSG, méritent qu’on s’y arrête sérieusement.
Pour les entreprises qui accueillent des apprentis et pour les jeunes eux-mêmes, comprendre ces nouvelles règles n’est pas une option. Une mauvaise lecture des textes peut entraîner des erreurs de calcul, des redressements ou tout simplement une mauvaise gestion du contrat. Autant être au clair dès le départ, c’est toujours plus simple.
France Apprentissage fait le point sur les nouvelles règles du contrat d’apprentissage applicables depuis mars 2025 et ce qu’elles changent vraiment pour les employeurs et les apprentis.
Contrat d’apprentissage (mars 2025) : le plafond d’exonération sociale chute brutalement
Depuis le 1er mars 2025, le seuil d’exonération passe de 79 % à 50 % du SMIC, et ce changement concerne tous les nouveaux contrats d’apprentissage signés à partir de cette date. C’est une décision issue des articles 22 et 23 de la loi n° 2025-199 du 28 février 2025 de financement de la sécurité sociale, confirmée ensuite par le décret n° 2025-290 du 28 mars 2025.
Concrètement, si vous avez signé votre contrat avant le 1er mars 2025, rien ne change pour vous : vous restez exonéré de la totalité des cotisations salariales jusqu’à 79 % du SMIC, et la CSG-CRDS ne s’applique tout simplement pas à votre rémunération.
En revanche, pour les contrats conclus à partir de cette date, la partie de la rémunération qui dépasse 50 % du SMIC, soit 901 € au 1er janvier 2025, entre désormais dans l’assiette de cotisations sociales. C’est un basculement significatif qui mérite qu’on s’y attarde sérieusement.
Exonération de cotisations sociales et fiscales pour les apprentis
La règle de base reste favorable aux apprentis, mais elle est désormais moins généreuse qu’avant. Pour les nouveaux contrats, la fraction de rémunération inférieure ou égale à 50 % du SMIC demeure totalement exonérée de cotisations salariales, conformément à l’article L. 6243-2 du Code du travail.
C’est au-delà de ce seuil que la CSG et la CRDS entrent en jeu, après application d’un abattement de 1,75 % pour frais professionnels. Prenons un exemple concret pour que ce soit parfaitement clair :
Rémunération mensuelle |
Fraction exonérée (50 % SMIC) |
Assiette brute CSG-CRDS |
Assiette après abattement 1,75 % |
Montant CSG-CRDS (9,7 %) |
|---|---|---|---|---|
1 200 € |
901 € |
299 € (1 200 – 901) |
294 € (299 × 98,25 %) |
29 € (9,7 % × 294) |
Ce calcul, bien que technique, illustre parfaitement l’impact réel sur le bulletin de paie d’un apprenti rémunéré au-dessus du seuil des 50 % du SMIC. Ce n’est pas astronomique, mais c’est une ponction nouvelle qui n’existait pas avant.
Concernant la taxe sur les salaires, la situation varie selon la taille de l’entreprise :
- Dans les entreprises de 10 salariés ou moins : la rémunération des apprentis reste totalement exonérée de taxe sur les salaires.
- Dans les entreprises de plus de 10 salariés : la fraction assujettie à la CSG-CRDS est également soumise à cette taxe.
« Pour les contrats signés avant le 1er mars 2025, les règles restent inchangées : exonération totale des cotisations salariales jusqu’à 79 % du SMIC, et exclusion complète de l’assiette CSG-CRDS. »
Taxe d’apprentissage (2025) : taux, exonérations et nouveaux assujettis à connaître
La taxe d’apprentissage (TA) s’applique à la masse salariale de l’entreprise, calculée sur la somme des rémunérations soumises aux cotisations sociales, y compris les mandataires sociaux et les gratifications supérieures à 4,50 € par heure. Les taux en vigueur sont les suivants :
Régime |
Taux global |
Part principale |
Solde |
|---|---|---|---|
Cas général |
0,68 % |
0,59 % |
0,09 % |
Alsace-Moselle |
0,44 % |
0,44 % |
Pas de fraction solde |
Les employeurs qui accueillent au moins un apprenti peuvent bénéficier d’une exonération mensuelle de TA, à condition que leur masse salariale ne dépasse pas 10 938,20 € soit six fois le SMIC mensuel. C’est une disposition précieuse pour les petites structures qui misent sur l’alternance.
Côté déclaration, la part principale se déclare mensuellement via la DSN, tandis que le solde est déclaré annuellement lors de la DSN d’avril. Des dépenses déductibles existent pour alléger la facture :
- Part principale :
- Dépenses en équipements pour un centre de formation d’apprentis (CFA)
- Offres de formations innovantes par apprentissage
- Solde :
- Subventions en nature versées aux CFA sous forme d’équipements et matériels
Mutuelles, organismes mutualistes, associations, fondations : attention, le calendrier d’assujettissement à la TA évolue lui aussi. Les mutuelles et organismes mutualistes sont concernés depuis le 1er mars 2025, tandis que les associations et fondations entrent dans le dispositif à partir de mars 2026. Autant anticiper dès maintenant pour ne pas être pris de court.
Cotisation patronale et coût employeur : ce que la réforme change vraiment pour l’entreprise
Si texte44 détaille avec précision l’impact côté apprenti, la question qui brûle les lèvres des employeurs reste souvent la même : est-ce que ça me coûte plus cher d’embaucher un apprenti depuis mars 2025 ? La réponse mérite qu’on la pose franchement.
L’exonération patronale, elle, n’a pas bougé (et c’est important de le savoir)
Contrairement aux cotisations salariales, l’exonération de cotisations patronales reste intacte pour les contrats signés à partir du 1er mars 2025. L’employeur continue de bénéficier d’une exonération totale des cotisations patronales de sécurité sociale sur la totalité de la rémunération de l’apprenti, dans les conditions prévues à l’article L. 6243-3 du Code du travail. Autrement dit, le coût direct pour l’entreprise n’augmente pas mécaniquement avec cette réforme, c’est l’apprenti qui absorbe la nouvelle ponction, pas vous.
L'exonération patronale de cotisations de sécurité sociale s'applique toujours sur l'intégralité de la rémunération de l'apprenti, quel que soit son niveau de salaire.
Ce qui change dans la gestion de la paie au quotidien (DSN et paramétrage)
Concrètement, paramétrage DSN, codes CTP, rubriques de cotisations : tout cela doit être mis à jour dans votre logiciel de paie pour les contrats post-1er mars 2025. Voici les points de vigilance opérationnels à intégrer sans tarder :
- Vérifier que votre logiciel distingue bien les contrats signés avant et après le 1er mars 2025, car les règles de calcul diffèrent.
- Paramétrer correctement l’assiette CSG-CRDS uniquement sur la fraction dépassant 50 % du SMIC, après abattement de 1,75 %.
- Contrôler que la taxe sur les salaires est bien déclenchée ou non selon le seuil de 10 salariés dans votre entreprise.
- Anticiper les questions de vos apprentis sur leur bulletin de paie : une ligne CSG-CRDS qui apparaît pour la première fois peut surprendre.
Aide unique à l’embauche : toujours en vigueur, mais sous conditions renouvelées
Même si la réforme alourdit légèrement la charge nette de l’apprenti, elle ne remet pas en cause l’aide unique à l’embauche d’apprentis, versée par l’État à l’employeur pour les contrats préparant jusqu’au niveau bac. Pourtant, les conditions d’éligibilité ont été resserrées ces derniers mois, notamment concernant la taille de l’entreprise et le niveau de qualification visé. Gardant à l’esprit que ces aides peuvent représenter plusieurs milliers d’euros par an, il serait dommage de passer à côté faute d’avoir vérifié votre éligibilité au moment de la signature du contrat.
Les apprentis (toujours) exonérés d’impôt sur le revenu : ce que ça change concrètement
Bonne nouvelle pour ceux qui ont choisi la voie de l’alternance : l’exonération d’impôt sur le revenu pour les apprentis est toujours en vigueur. Concrètement, cela signifie que la rémunération perçue dans le cadre d’un contrat d’apprentissage n’entre pas dans le calcul de l’impôt, ce qui représente un avantage financier non négligeable quand on démarre dans la vie active.
Apprendre un métier, construire une expérience, toucher un salaire… et ne pas payer d’impôt dessus : voilà ce que cette mesure garantit encore aujourd’hui. Elle permet aux apprentis de conserver l’intégralité de leur rémunération nette sans mauvaise surprise au moment de la déclaration annuelle.

