L’apprentissage est devenu, en quelques années, l’un des leviers les plus sérieux de la politique de l’emploi en France. Ce n’est pas rien : une voie longtemps boudée par les familles et les conseillers d’orientation s’est transformée en véritable moteur d’insertion professionnelle. Et les résultats, sur le marché du travail, commencent à se voir.
Ce qui frappe, c’est la corrélation de plus en plus nette entre la montée en puissance de l’apprentissage et le recul du chômage, notamment chez les jeunes. Bien sûr, la réalité est complexe et d’autres facteurs entrent en jeu, ce serait trop simple autrement. Mais les données accumulées ces dernières années méritent qu’on s’y arrête vraiment.
France Apprentissage fait le point sur les statistiques et les chiffres qui illustrent le lien entre l’essor de l’apprentissage et la baisse du chômage en France.
Le chômage repart à la hausse en France (les chiffres du 4e trimestre 2025)
Le tableau de bord est sans appel : le taux de chômage atteint 7,9 % au quatrième trimestre 2025, soit une hausse de 0,2 point par rapport au trimestre précédent et de 0,6 point sur un an. On n’avait plus vu ce niveau depuis le troisième trimestre 2021, ce qui mérite qu’on s’y arrête sérieusement.
Concrètement, ce sont 56 000 personnes supplémentaires qui basculent dans le chômage, portant le total à 2,5 millions de chômeurs au sens du BIT. Cela reste toutefois 2,6 points en dessous du pic historique de mi-2015, une nuance importante pour garder les idées claires.
Voici l’évolution trimestrielle du taux de chômage sur les dernières années :
Trimestre |
Taux de chômage (%) |
|---|---|
2025-T4 |
7,9 |
2025-T3 |
7,7 |
2025-T2 |
7,6 |
2025-T1 |
7,5 |
2024-T4 |
7,3 |
2024-T3 |
7,4 |
2024-T2 |
7,3 |
2024-T1 |
7,5 |
2023-T4 |
7,5 |
2023-T3 |
7,4 |
2023-T2 |
7,2 |
2023-T1 |
7,1 |
2022-T4 |
7,1 |
2022-T3 |
7,2 |
2022-T2 |
7,4 |
2022-T1 |
7,4 |
2021-T4 |
7,4 |
2021-T3 |
7,9 |
2021-T2 |
7,9 |
2021-T1 |
8,2 |
La tendance à la baisse amorcée depuis 2017, avec -2,2 points depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, semble donc marquer le pas. La question qui brûle les lèvres : est-ce un simple soubresaut ou le début d’une inversion durable ?
Les jeunes, les plus touchés (mais l’apprentissage change vraiment la donne)
Le chômage des 15-24 ans bondit de 2,4 points en un seul trimestre pour atteindre 21,5 %, un chiffre qui fait mal. À l’opposé, les 25-49 ans résistent mieux avec un taux en légère baisse à 6,9 %, et les 50 ans ou plus restent stables à 5,1 %.
Pourtant, il serait injuste de ne pas souligner ce que l’apprentissage a accompli pour les jeunes ces dernières années. Entre fin 2015 et fin 2021, le taux d’emploi des 15-24 ans a progressé de 5,3 points, dont 2,9 points directement attribués aux contrats en alternance. C’est considérable, et ça mérite d’être dit clairement.
Les chiffres de l’apprentissage parlent d’eux-mêmes :
- 289 000 nouveaux contrats d’apprentissage signés en 2016
- 731 000 nouveaux contrats signés en 2021, soit plus du double
- 484 700 contrats d’alternance (apprentissage + professionnalisation) en 2016
- 852 300 contrats d’alternance en 2021
Le taux de chômage des jeunes de 15-24 ans a atteint son niveau le plus bas depuis vingt ans, porté en grande partie par l’essor des contrats en alternance.
Concernant le profil des entrants en apprentissage en 2020, les données révèlent une réalité diverse : 53,9 % venaient directement d’études, tandis que 28,1 % étaient déjà en apprentissage ou demandeurs d’emploi. L’apprentissage capte donc aussi des jeunes éloignés de l’emploi, ce qui en fait un outil bien plus large qu’on ne l’imagine souvent.
France Travail en chiffres (ce que les inscriptions révèlent vraiment)
Au 4e trimestre 2025, 6 489 100 personnes sont inscrites à France Travail toutes catégories confondues (A, B, C, D, E). Un chiffre massif, qu’il faut décomposer pour bien comprendre ce qu’il recouvre.
Parmi ces inscrits, voici la répartition détaillée :
- Demandeurs d’emploi tenus de rechercher un emploi (catégories A, B, C) : 5 752 600
- Sans emploi (catégorie A) : 3 347 700
- En activité réduite (catégories B, C) : 2 404 900
- En parcours social (catégorie F) : 255 400
- En attente d’orientation (catégorie G) : 812 100
L’évolution sur le trimestre est préoccupante : les inscrits en catégorie A progressent de 2,6 % (+84 200 personnes), et sur un an, la hausse atteint 6,8 %. Même en retirant l’effet des changements réglementaires, notamment la forte chute des radiations, passées de 45 000 au 1er trimestre 2025 à seulement 2 300 au 4e trimestre, la catégorie A afficherait tout de même une hausse de 2,0 % (+48 000 inscrits).
Restant lucide sur ces données, les catégories A, B, C progressent de 4,8 % sur un an, soit +72 000 inscrits supplémentaires. Hors effets réglementaires, la tendance serait stable (+0,0 %) sur le trimestre, après une légère baisse de -0,3 % au trimestre précédent. Un signal qui invite à surveiller de près les prochains chiffres, sans céder ni à la panique ni à l’optimisme béat.
L’apprentissage, vraiment efficace contre le chômage ? (les preuves chiffrées qui convainquent)
Au-delà des tendances générales sur le chômage, une question mérite qu’on s’y attarde franchement : l’apprentissage tient-il vraiment ses promesses sur le long terme, ou n’est-ce qu’un effet d’aubaine ? Les données d’insertion professionnelle apportent une réponse claire. 74 % des apprentis trouvent un emploi dans les sept mois suivant leur formation, contre seulement 49 % pour les jeunes issus de la voie scolaire classique dans des filières comparables. Ce n’est pas anodin : c’est un écart de 25 points qui dit beaucoup sur l’efficacité réelle du dispositif.
Un apprenti sur deux est embauché directement par l'entreprise qui l'a formé, ce qui fait de l'apprentissage l'un des rares dispositifs où l'insertion se construit pendant la formation, pas après.
Secteurs et niveaux de diplôme (où l’apprentissage fait vraiment la différence)
L’essor de l’apprentissage ne touche pas tous les secteurs de la même façon, et c’est important de le savoir avant de conseiller un jeune ou de choisir une filière. Voici les domaines où la croissance des contrats a été la plus spectaculaire entre 2016 et 2022 :
- Commerce et vente : +187 % de nouveaux contrats signés
- Informatique et numérique : +310 %, porté par la transformation digitale des entreprises
- Santé et social : +142 %, notamment dans les métiers d’aide à la personne
- BTP et artisanat : progression plus modeste, +38 %, mais sur des volumes déjà élevés
Autre évolution marquante : l’apprentissage dans le supérieur représente désormais plus de 50 % des nouveaux contrats, alors qu’il était quasi marginal avant 2018. Cela signifie concrètement que l’alternance n’est plus réservée aux CAP et BEP, elle s’impose désormais jusqu’au niveau master et ingénieur, ce qui change radicalement son image et son impact sur l’employabilité des diplômés.
Le coût public de l’apprentissage (une dépense qui interroge autant qu’elle rassure)
Comprenant l’enthousiasme autour de l’apprentissage, il serait pourtant incomplet de ne pas aborder la question du financement. Formations, aides aux employeurs, exonérations de charges : le soutien public à l’apprentissage représente environ 14 milliards d’euros par an selon les estimations de la Cour des comptes pour 2022-2023. C’est un investissement massif, et la question de son retour sur investissement pour les finances publiques est légitime. Les économistes s’accordent sur un point : chaque point de baisse du chômage des jeunes génère des économies significatives en prestations sociales et en recettes fiscales supplémentaires, estimées entre 500 millions et 1 milliard d’euros annuels selon les scénarios. Autrement dit, former aujourd’hui coûte moins cher qu’indemniser demain, à condition que les contrats débouchent réellement sur des emplois durables, ce que les chiffres d’insertion confirment globalement, sans pour autant effacer toutes les disparités territoriales et sectorielles qui persistent.
L’apprentissage a explosé… mais le chômage des jeunes, lui, n’a pas vraiment bougé
Les chiffres donnent le vertige : 900 000 alternants en stock fin 2021, un financement public de 21,6 milliards d’euros en 2022, et une multiplication par cinq des contrats d’apprentissage en Bac+3/+5 entre 2018 et 2022. Sur le papier, la politique d’apprentissage à la française ressemble à un succès éclatant. Sauf que le nombre de jeunes chômeurs de moins de 25 ans, lui, est resté stable à 575 000 entre 2019 et 2022 selon Eurostat, malgré ce doublement des apprentis. Pire : la baisse du chômage des jeunes avait déjà commencé dès 2016, bien avant l’explosion des contrats.
Derrière l’effet d’annonce, une réalité moins flatteuse s’impose. En 2023, 165 000 sortants d’apprentissage ont ouvert des droits au chômage, contre 70 000 en 2019, soit une hausse de 136 %. Et ce n’est pas un accident de parcours : environ un sortant d’apprentissage sur cinq se retrouve au chômage depuis 2018. Plus troublant encore, 54 % de ces chômeurs issus de l’apprentissage sont diplômés du supérieur, contre 34 % en 2018. La montée en gamme des formations n’a donc pas suffi à garantir un débouché.
« Un diplôme d’apprentissage, même à Bac+5, ne protège pas automatiquement contre le chômage. »
Pour comprendre ce qui compte vraiment, les données Insee 2023 sur le taux de chômage post-formation initiale sont éclairantes : sans diplôme, expérience, temps, niveau sont les trois variables qui pèsent le plus lourd. Un jeune sans diplôme affiche 42,4 % de chômage dans les quatre premières années, contre 17,5 % pour un CAP/BEP et 18,2 % pour un bac. Mais avec plus de onze ans d’expérience, ces écarts se resserrent fortement, autour de 5 à 10 % pour tous les niveaux. Ce que ça dit concrètement : l’apprentissage peut aider à démarrer, mais il ne remplace ni l’expérience accumulée, ni un marché du travail qui absorbe réellement les diplômés.
Le taux de chômage atteint son plus bas niveau depuis 9 ans



