Des postes non pourvus, des entreprises qui cherchent en vain, et des jeunes qui ne savent pas toujours que ces métiers leur sont ouverts : la pénurie dans les métiers manuels n’est pas une fatalité, c’est souvent une question d’orientation mal faite, ou trop tardive. On peut le dire franchement, quelque chose coince encore dans la façon dont on présente ces voies à ceux qui les cherchent.
L’apprentissage est pourtant une réponse concrète, accessible, et qui a fait ses preuves. Former sur le terrain, aux côtés de professionnels, dans des secteurs qui recrutent vraiment : c’est une logique simple, mais encore trop peu mise en avant au moment où les choix d’orientation se font.
France Apprentissage fait le point sur les leviers à activer pour mieux orienter vers l’apprentissage et répondre durablement aux besoins en main-d’œuvre dans les métiers manuels.
La pénurie dans les métiers manuels : un signal d’alarme qu’on ne peut plus ignorer
Chauffagistes, soudeurs, mécaniciens, électriciens, menuisiers, maçons, bouchers, boulangers : ces métiers constituent l’épine dorsale de notre économie, et pourtant ils peinent à recruter de manière alarmante.
Selon le ministère du Travail, plus de 60 % des entreprises du bâtiment peinent à recruter. Une étude de la DARES confirme qu’une entreprise sur deux estime que ses besoins en compétences techniques ne sont tout simplement pas couverts.
Les conséquences sont concrètes et douloureuses pour les entreprises : projets retardés, clients insatisfaits, pertes financières directes. Et ce n’est pas tout, c’est aussi un frein réel à l’innovation et à la croissance. Face à cela, une réponse s’impose, et elle passe clairement par l’apprentissage.
L’apprentissage comme levier central (les chiffres parlent d’eux-mêmes)
L’apprentissage n’est pas une voie de garage, c’est une voie d’excellence. Les taux de réussite aux examens en sont les conséquences : plus de 70 % pour les niveaux V, plus de 90 % pour les niveaux I, ce qui dépasse souvent les résultats de la voie scolaire classique.
Et après la formation ? Les débouchés sont là, bien réels. Sept mois après la fin de leur contrat d’apprentissage, les jeunes trouvent un emploi non aidé dans des proportions remarquables :
Diplôme obtenu |
Taux d’emploi non aidé (7 mois après) |
|---|---|
CAP ou BEP |
55,6 % |
BTS |
77,6 % |
Le nombre d’apprentis a progressé de façon significative depuis les années 1980, passant de 220 000 en 1986 à un pic de 368 000 en 2001, avant de se stabiliser autour de 353 000 en 2003. Aujourd’hui, 85 % des apprentis se forment sur des niveaux IV et V, c’est-à-dire précisément les niveaux où la pénurie est la plus criante.
« L’apprentissage représente une réponse structurelle à la pénurie des métiers manuels, en formant des jeunes directement au cœur des besoins des entreprises. », François Baroin, question écrite au ministère de l’Insertion professionnelle des jeunes, publiée le 11 mai 2004.
Passer à l’action : quels métiers viser et comment s’y préparer concrètement
Voici les métiers manuels qui recrutent activement et pour lesquels des formations en apprentissage sont accessibles dès maintenant :
- Menuisier/Menuisière, salaire entre 1 700 et 2 500 € bruts par mois (source : HelloWork)
- Plombier/Plombière, CAP en deux ans, éligible au CPF, métier en forte tension en 2023
- Cuisinier/Cuisinière, l’un des métiers les plus recherchés en 2023
- Boulanger/Boulangère, CAP en deux ans, rapprochez-vous de la Chambre des Métiers
- Jardinier-paysagiste, salaire entre 1 500 et 3 800 € bruts par mois (source : HelloWork)
- Coiffeur/Coiffeuse, formation CAP accessible, souvent au SMIC en début de carrière
- Chocolatier/Chocolatière, reconversion possible, formations disponibles
Pour attirer davantage de jeunes vers ces filières, trois leviers doivent être actionnés sans attendre :
- Revaloriser l’image des métiers manuels via des campagnes de communication et des témoignages authentiques de professionnels
- Investir massivement dans la formation interne et l’accueil d’alternants en entreprise
- Soigner l’expérience candidat et valoriser les avantages concrets offerts par les employeurs
Il faut aussi garder en tête un chiffre qui donne le vertige : 500 000 chefs d’entreprise partiront à la retraite dans les quinze prochaines années. Ce n’est pas une menace, c’est une opportunité massive de reprise et de création d’activité pour les jeunes formés aujourd’hui.
Les deux tiers des entreprises qui accueillent des apprentis comptent moins de dix salariés, ce sont des structures à taille humaine, où l’on apprend vite, où l’on est utile immédiatement, et où une belle carrière peut démarrer dès le premier jour.
Les CFA (Centres de Formation des Apprentis) : sont-ils vraiment prêts à absorber la demande ?
Ouvrir les portes de l’apprentissage, c’est bien. Encore faut-il que les structures d’accueil soient à la hauteur de l’enjeu. Aujourd’hui, le réseau des CFA représente un maillon absolument décisif dans la chaîne de réponse à la pénurie, et il mérite qu’on s’y attarde sérieusement.
Depuis la réforme de 2018 portée par la loi Avenir professionnel, n’importe quelle branche professionnelle, entreprise ou organisme peut créer son propre CFA sans autorisation préalable. Ce changement de paradigme a libéré une énergie considérable : en quelques années, le nombre de CFA a bondi, passant d’environ 1 000 structures à plus de 3 000 sur le territoire français. Résultat ? Une offre de formation beaucoup plus proche des bassins d’emploi, plus réactive aux besoins réels des entreprises, et souvent plus spécialisée sur des métiers en tension.
Un CFA créé directement par une branche professionnelle forme des apprentis sur-mesure, calés sur les besoins précis du secteur, pas sur une vision théorique du métier.
Pourtant, cette croissance rapide soulève des questions légitimes sur la qualité. Depuis 2022, tous les CFA doivent obtenir une certification Qualiopi pour continuer à percevoir des financements publics et mutualisés. C’est un filtre utile, mais il ne suffit pas toujours à garantir la qualité pédagogique sur le terrain. Voici ce que vous devez vérifier concrètement avant de choisir un CFA :
- Le taux d’insertion professionnelle à 6 mois des anciens apprentis
- La qualité et la diversité du réseau d’entreprises partenaires
- La disponibilité et l’expérience terrain des formateurs
- Les équipements disponibles (ateliers, matériels, outils numériques)
- L’accompagnement proposé pour trouver un maître d’apprentissage
Choisir un CFA, c’est choisir un environnement professionnel avant même d’entrer en entreprise. Certes, le diplôme reste le même quelle que soit la structure, mais l’expérience vécue, les contacts noués et les compétences réellement acquises peuvent varier du simple au double. Prendre le temps de visiter plusieurs établissements, d’échanger avec des apprentis en cours de formation, c’est un investissement de quelques heures qui peut changer radicalement la trajectoire d’une carrière.
L’apprentissage manuel explose (et ce n’est pas un hasard)
Bâtiment, cuisine, artisanat, maintenance auto… les chiffres parlent d’eux-mêmes : les inscriptions en apprentissage bondissent dans tous les secteurs des métiers manuels. Près de 900 000 apprentis étaient recensés en CFA en 2024, avec une hausse globale de +18 % chez les moins de 25 ans. La cuisine et la pâtisserie affichent même +24 %, l’artisanat +22 %, et le bois/métal +20 %. Ce n’est pas une mode passagère, c’est un vrai signal de fond sur ce que les jeunes veulent faire de leurs mains et de leur avenir.
Derrière cet engouement, il y a aussi une réalité économique qui pousse à agir vite : 100 000 travailleurs qualifiés manquent à l’appel dans le bâtiment en 2025, avec 73 800 postes ouverts dans le BTP. Autrement dit, se former aujourd’hui dans ces filières, c’est quasiment se garantir un débouché concret. Le compagnonnage, le tutorat numérique et les formations CMA pour la reconversion professionnelle viennent compléter l’offre, parce que l’apprentissage ne concerne plus seulement les jeunes en sortie de collège.
« 62 % des parents se disent favorables aux métiers manuels en 2025. »
Ce chiffre, il y a dix ans, aurait semblé improbable. Aujourd’hui, il traduit une évolution culturelle réelle : les familles ne voient plus la voie manuelle comme un plan B, mais comme un choix assumé et respecté. Les 203 000 jeunes engagés dans l’apprentissage artisanal en 2023, soit +36 % en cinq ans, confirment que quelque chose a profondément changé dans la façon dont on perçoit ces métiers.
Quels sont les métiers qui recruteront le plus d’ici à 2030?



