Bilan de la politique apprentissage de Macron : résultats et critiques

Fabrice

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📌 L’essentiel à retenir
970 000 apprentis recensés fin 2022, soit 543 000 de plus qu’en 2018.
Coût total de la politique d’apprentissage atteint 20 milliards d’euros en 2022.
Un tiers des nouveaux emplois créés depuis 2018 proviennent de l’apprentissage.
Plus de 60 % des nouveaux contrats d’apprentissage concernent l’enseignement supérieur.
Déficit structurel de France Compétences dépasse 4 milliards d’euros, alerte budgétaire.

Jamais la France n’avait formé autant d’apprentis en si peu de temps. C’est un fait difficile à contester, et pourtant il ne suffit pas à clore le débat, loin de là. Derrière les records affichés, des questions sérieuses se posent sur la qualité des formations, le coût pour les finances publiques et les véritables bénéficiaires de cette politique menée tambour battant depuis 2018.

La réforme de l’apprentissage portée par Emmanuel Macron a profondément reconfiguré le système de formation professionnelle en France. Certains y voient une réussite historique, d’autres un effet d’aubaine coûteux et mal ciblé. La vérité, comme souvent, se situe quelque part entre les deux, et mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

France Apprentissage fait le point sur les résultats concrets de cette politique, ses limites et les critiques qui montent, pour vous aider à vous forger une opinion éclairée.

L’apprentissage sous Macron : 970 000 apprentis, mais à quel prix ?

Lancée par Muriel Pénicaud, la réforme de l’apprentissage affiche des chiffres qui font tourner les têtes. 970 000 apprentis recensés fin 2022, soit 543 000 de plus qu’en 2018, c’est un bond spectaculaire que peu auraient osé prédire au départ.

Ce dynamisme représente concrètement un tiers des nouveaux emplois créés depuis 2018, une proportion qui illustre à quel point l’apprentissage est devenu un levier central de la politique de l’emploi française.

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Pourtant, derrière ces chiffres enthousiasmants se cache une réalité financière qui interroge. Le coût total de cette politique atteint 20 milliards d’euros en 2022, selon les estimations officielles, un montant colossal qui soulève des questions légitimes sur la soutenabilité du modèle.

Bruno Coquet, chercheur associé à l’OFCE, pointe notamment le rôle des primes exceptionnelles aux employeurs instaurées mi-2020 pendant la pandémie de Covid-19. Ces aides d’urgence, pensées comme temporaires, ont en réalité dopé artificiellement les statistiques, rendant difficile la lecture des vrais effets structurels de la réforme.

  • Coût de la politique d’apprentissage en 2022 : 20 milliards d’euros
  • Nombre total d’apprentis fin 2022 : 970 000
  • Augmentation depuis 2018 : +543 000 apprentis
  • Part dans les nouveaux emplois créés : un tiers
Indicateur
2018
Fin 2022
Évolution
Nombre d’apprentis
427 000
970 000
+543 000
Coût de la politique
N/D
20 milliards €
En forte hausse

Parcoursup et le brevet : des réformes éducatives qui crispent tout le monde

Flexibilité, ambition, modernisation, ces mots résument l’intention affichée des réformes éducatives de Macron, mais sur le terrain, le tableau est nettement moins rose. Le rapport de l’Inspection Générale de l’Éducation (IGESR), publié en juillet 2023, dresse un bilan sévère et documenté.

Parcoursup est qualifié sans détour d’échec par les inspecteurs. Les algorithmes opaques de la plateforme favoriseraient des critères socio-économiques et culturels, pénalisant de fait les élèves issus de milieux moins favorisés qui choisissent des spécialités moins prisées.

« De nombreux diplômés du baccalauréat se voient refuser l’accès à l’enseignement supérieur, devant parfois attendre plusieurs mois pour intégrer une formation non désirée. »

Rapport IGESR, juillet 2023

L’obligation d’obtenir le brevet pour accéder au lycée, combinée à la baisse des taux d’admission au brevet et au baccalauréat, crée une pression inédite sur les élèves. L’anxiété monte, les chefs d’établissements s’interrogent, et les professeurs se retrouvent à gérer une surcharge de travail liée à des annonces de réformes souvent communiquées trop tardivement.

  • Obligation du brevet pour accéder au lycée
  • Baisse du taux d’admission au brevet et au bac
  • Fin progressive de la liberté pédagogique
  • Algorithmes de Parcoursup jugés opaques et inéquitables
Bilan de la politique apprentissage de Macron : résultats et critiques

Social et logement : des mesures qui laissent les plus fragiles sur le carreau

Sur le front social, la philosophie macroniste a clairement choisi son camp : « libérer » plutôt que « protéger ». Le modèle de flexisécurité à la française, pensé pour donner plus de souplesse aux entreprises tout en sécurisant les parcours professionnels, peine à convaincre ceux qui en ont le plus besoin.

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Les mesures en matière d’action sociale et de logement sont régulièrement qualifiées d’« anti-pauvres » par les associations et observateurs. Un chiffre résume à lui seul la gravité de la situation : 2 000 enfants se retrouvent sans logement à la rentrée scolaire, une réalité difficile à concilier avec les discours sur l’égalité des chances.

« Une inflation de +11 % sur les fournitures scolaires frappe de plein fouet les familles les plus modestes, déjà fragilisées par la crise du logement. »

Certes, des avancées existent, les classes de CP à douze élèves restent une mesure populaire et saluée, mais elles semblent insuffisantes pour compenser les tensions générées par une politique migratoire devenue un sujet central inattendu, et par la banalisation progressive des mesures d’état d’urgence.

  • Donner plus de souplesse aux entreprises via la réforme du marché du travail
  • Sécuriser les parcours professionnels avec des droits supplémentaires
  • Réduire les inégalités à l’école (classes de CP à 12 élèves)
  • Gérer la pression migratoire dans un contexte politique tendu

L’apprentissage a-t-il vraiment profité à ceux qui en avaient le plus besoin ?

Derrière l’explosion des chiffres, une question reste soigneusement évitée dans les discours officiels : qui sont vraiment ces nouveaux apprentis ? Les données disponibles révèlent une réalité qui tempère l’enthousiasme ambiant. Plus de 60 % de la croissance des contrats d’apprentissage depuis 2018 concerne l’enseignement supérieur, notamment les BTS, licences professionnelles et masters. Autrement dit, ce sont majoritairement des jeunes déjà bien orientés, issus de familles avec des codes culturels solides, qui ont capté le bénéfice de la réforme. Les jeunes sans qualification, ceux que la politique d’apprentissage était censée sortir de l’ornière en priorité, restent largement sous-représentés dans cette dynamique.

L'apprentissage sous Macron a surtout bénéficié aux niveaux bac+2 et au-delà, creusant discrètement un écart avec les publics les plus éloignés de l'emploi.

Le modèle de financement (qui paie vraiment la facture) tient-il la route ?

Réforme, déréglementation, libéralisation, transfert aux branches professionnelles, voilà les quatre piliers sur lesquels repose l’architecture financière de l’apprentissage post-2018, et c’est précisément là que le bât blesse. Avant la réforme, les régions pilotaient et finançaient l’apprentissage avec une logique territoriale. Depuis, France Compétences centralise les fonds, mais les coûts-contrats fixés par les branches professionnelles se sont révélés bien supérieurs aux prévisions initiales. Résultat : France Compétences affiche un déficit structurel qui dépasse 4 milliards d’euros, une bombe à retardement budgétaire que ni le gouvernement ni les partenaires sociaux ne semblent pressés de désamorcer franchement.

  • Avant 2018 : financement régional, enveloppes maîtrisées
  • Après 2018 : coûts-contrats fixés par les branches, souvent surévalués
  • Déficit de France Compétences : plus de 4 milliards d’euros
  • Risque réel : un ajustement brutal des aides aux employeurs à court terme
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Les CFA (centres de formation) : une liberté nouvelle, mais pas sans dérives

En supprimant le monopole des régions sur l’ouverture des Centres de Formation d’Apprentis, la réforme a libéré une énergie entrepreneuriale indéniable. Des dizaines de nouveaux CFA privés ont émergé, parfois portés par de vraies ambitions pédagogiques. Pourtant, ouvrant grand la porte à la concurrence, le législateur a aussi laissé entrer des acteurs opportunistes attirés par les financements publics automatiques. Des signalements de formations de faible qualité, de taux d’abandon élevés et de pratiques commerciales agressives envers les jeunes ont multiplié les alertes auprès des services de contrôle. La liberté d’installation sans agrégation préalable solide reste, à ce jour, un angle mort réel de la réforme que les défenseurs du bilan chiffré préfèrent généralement ne pas aborder.

L’apprentissage explose en France (mais tout n’est pas rose)

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 837 000 nouveaux contrats signés en 2023, 1,9 million d’emplois créés depuis 2017, un taux de chômage tombé à 6,9 % fin 2022. La dynamique est réelle, portée par des primes à l’embauche allant de 5 000 à 8 000 € par apprenti et une revalorisation des formations via le titre RNCP. L’objectif d’un million d’apprentis par an d’ici 2027 n’a rien d’une utopie, surtout avec l’essor des formations supérieures jusqu’au Bac+5 qui séduisent de plus en plus d’étudiants ambitieux.

Revers de la médaille, tout ça a un coût : 24,9 milliards d’euros en 2023, soit environ 26 000 € par apprenti, deux fois plus qu’un étudiant classique du supérieur. On est en droit de se demander si la dépense est bien calibrée, surtout quand on sait qu’un contrat sur trois est rompu chez les mineurs, laissant quelque 80 000 jeunes en difficulté chaque année.

« L’insertion professionnelle est élevée pour ceux qui terminent leur formation », mais encore faut-il y arriver.

C’est là que le bât blesse : le dispositif fonctionne remarquablement bien pour ceux qui vont au bout, mais il laisse trop de mineurs sur le carreau en cours de route. Avant de célébrer les records, il vaut mieux se poser la vraie question : comment mieux accompagner ces jeunes fragiles pour que la promesse de l’apprentissage soit tenue pour tous, pas seulement pour les plus solides ?

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Fabrice DURAND

J'ai crée FranceApprentissage pour accompagner les apprentis et les employeurs dans leur choix d'alternance. Je suis également fondateur du site top-metiers.fr un média spécialisé dans l'orientation scolaire et professionnelle.

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